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Compagnie des Champs

Compagnie des Champs

Ce blog décrit la vie artistique d'une équipe de création de théâtre itinérant en milieu rural il est également un centre de ressources d'images et de sons concernant ses activités


Niger 12 ans d'échanges

 


Interview en 2004 de Pierre Fernandès,
responsable artistique de la Compagnie des Champs
par Séverine Margolliet


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  La Compagnie des Champs, équipe de création de Théâtre itinérant, fait partie des tous premiers adhérents du CITI. A-t-elle le souci de réaliser des projets artistiques en cohésion avec les actions du CITI ?
Oui, la notion de mise en commun d'expériences et des moyens prônée par le CITI est en totale adéquation avec la démarche de la Compagnie des Champs. Depuis deux ans nous l'expérimentons tout particulièrement avec les Tréteaux du Niger. Cet échange artistique a contribué à la réalisation du projet des Pilotobés/FITI (Festival International de Théâtre Itinérant qui aura lieu en mars 2005 ).

En novembre 2002, Les Tréteaux du Niger vous accueillent pour une résidence d'écriture suite à laquelle le spectacle " Le Souffle du Monde " prend une dimension internationale. Comment s'est déroulée cette résidence ?
Durant trois semaines de travail artistique à Youri (petit village de brousse au bord du fleuve Niger), auteurs, metteurs en scène, comédiens, éclairagistes, plasticiens, décorateurs, chacun dans son domaine de création, a participé à une aventure au cœur d'une population qui nous a réservé un accueil magnifique.

Pourquoi avez-vous décidé de remettre en jeu " Le Souffle du monde " (spectacle sur les chemins de la Compagnie des Champs) avec les comédiens des Tréteaux du Niger ?
Le cadre d'ensemble de la pièce traite sur le mode burlesque du lien précieux entre l'homme et la terre. Le jeu burlesque est un point commun important entre les Tréteaux du Niger et nous.
Quant au rapport à la terre, nous avons pris conscience immédiatement que cette pièce serait pour nous, au-delà de sa dimension artistique, une plate-forme d'échange et d'information pour nos publics respectifs.
Après dix jours de réalisation au Centre Culturel Franco-Nigérien, une présentation publique a eu lieu sous la forme d'une fête chantant les richesses de la terre et leur équilibre fragile.
Le travail théâtral présenté à cette occasion a trouvé tout son sens lors de cette prise de contact auprès des habitants de Niamey.

Quelle suite vouliez-vous donner à cette rencontre ?

Nous sommes quelques-uns à penser que pour développer une vie culturelle citoyenne, il faut développer des passerelles artistiques entre compagnies issues de civilisations différentes. Mais pour cela il faut sortir des schémas en cours depuis trop longtemps dans les différentes politiques de
coopération menées par le monde occidental.

A commencer par le principe de réciprocité ?
Oui le fameux "Tu viens chez nous, on vient chez vous". C'est ainsi qu'en juin 2003 nous avons développé notre projet artistique avec les Tréteaux du Niger que nous avons présenté à l'occasion du Festival annuel des Théâtres Voyageurs, dans notre lieu de fabrique à la Montférie (Puy de Dôme). Nos deux compagnies rassemblaient au total 17 comédiens !

Apparemment les échanges artistiques ne se sont pas limités à une collaboration bilatérale…
En effet, grâce à une coopération avec la compagnie Pile ou Versa (Hautes Alpes) et les Baladins du Miroir (Belgique), les Tréteaux du Niger ont pu tourner en Europe pendant plusieurs mois. Saluons aussi le coup de pouce donné par le CITI qui a servi de relais d'information.

La mutualisation des moyens entre équipes artistiques : est-ce une des réponses que proposent les équipes de théâtre itinérant ?
Oui, il nous faut nous organiser de façon à être des équipes artistiques autonomes. Pour cela, il faut développer l'échange de savoir entre artistes de cultures différentes. Et tout en travaillant avec les institutions, il ne faut pas laisser celles-ci s'interposer dans ce dialogue artistique.

En résumé profil bas ?
Oui profil bas car le voyage fait rêver et il est vecteur d'un grand nombre de malentendus. Car enfin, si on est invité dans un territoire c'est pour y rencontrer les habitants, et pas pour le seul public de coopérants ! Nombreux sont ceux qui jouent à l'étranger pour faire un coup de communication une fois rentrés chez eux. Il n'y rien de plus simple que de tourner comme cela. Voyez par exemple le nombre de groupes folkloriques qui sillonnent les continents sans être vecteurs de sens. Simple attraction touristique.

Le projet du "Souffle du Monde" étant pour vous une réalisation théâtrale permettant de partager des expériences, comment s'est opérée la rencontre avec la compagnie de théâtre Itinérant québécoise le Cochon SouRiant ?

 En juin 2003, à l'occasion des Rencontres Internationales du Théâtre Itinérant, Martine Fordin, que nous connaissions depuis la fondation du CITI, a pensé que le propos du spectacle serait une formidable plate-forme d'échange en matière de territoire et d'environnement entre le Québec et le
vieux continent. De suite après, la Compagnie des Champs a remis en chantier le projet sur l'île de la Réunion avec des comédiens en apprentissage de nos pratiques des Arts du chemin.

Parlez-nous un peu de cette expérience ?
La Réunion porte bien son nom : bien qu'étant une île récemment peuplée, elle se trouve à la conjonction de plusieurs civilisations. En ce sens, c'est un lieu exceptionnel. " Un laboratoire social ", disent certains là-bas. Le rapport aux territoires est un des fondamentaux de la Compagnie des Champs. C'est à ce titre qu'il était passionnant de confronter le projet "Souffle du Monde" à de jeunes professionnels.
Nous avons animé un stage de formation d'une durée d'un mois dans le petit village du Brûlé à 1000 mètres d'altitude au-dessus de Saint Denis de la Réunion. Ce mode d'échange nous a permis de rencontrer les habitants, les enfants dans les écoles, le club du troisième âge, les responsables municipaux, les membres des services techniques, les visiteurs… Ces échanges étaient en résonance avec notre démarche habituelle. Ils furent unanimement salués par les médias.

Pouvez-vous décrire les étapes de travail ?
Lors de la première quinzaine, nous avons travaillé le théâtre burlesque, le jeu masqué et le chœur antique, par des exercices d'acteurs, des découvertes de savoir faire, des propositions d'improvisation et des mises en jeu de situations qui ont sollicité l'imaginaire des participants au stage. L'apport personnel des stagiaires a été au-delà de nos espérances. Les propositions se faisaient tantôt en créole tantôt en français.
Le sujet même du spectacle a contribué, à une prise de conscience des participants au stage, des problèmes agricoles, d'environnement et de partage des richesses du territoire de l'île et au-delà à du reste du monde.
S'ensuivirent dix jours de recherches artistiques sur les chemins du Village du Brûlé. Tour à tour s'expérimentèrent : des répétitions dans des espaces naturels, des présentations du travail devant des classes primaires de l'école du Brûlé, des élèves du Conservatoire Régional, des journalistes. Le tout se concrétisa par une présentation publique, vécue comme une expérience nouvelle et enrichissante tant au niveau personnel qu'au niveau artistique par les participants au stage.
Les spectateurs ont fortement réagi. Ils se sont montrés sensibles à l'univers que nous leur avons présenté, à notre lecture du monde et nos modes de représentation. Les arts du chemin prennent tout leur sens sur ce territoire. Le spectacle se déroulait de 10h à 13 h et malgré un temps menaçant nous avons compté près de 250 personnes sur les chemins au Village du Brûlé.


Quels ont été les relais locaux sur place ?
Les temps d'échange et de savoir ont toujours été la constante de notre travail. À cette occasion, nous remercions l'association Fourcade, qui a été l'interface entre notre équipe de création et une culture, un territoire, des gens tout au long de cette aventure humaine. Grâce à cette association, notre démarche artistique s'est enrichie de la présence d'Éric Pongérard, artiste plasticien de Saint Denis de la Réunion ainsi que le groupe de danseurs Moring dirigé par Jean-Yves Mitra. Je suis également très reconnaissant envers Marion Coby, (professeur au Conservatoire) et la chanteuse Christine Salem (permanente du Club Action Prévention) qui ont été des partenaires du projet qui ont suivi le travail des stagiaires.

Quel lien avez-vous développé avec le milieu scolaire ?
Nous avons travaillé autour de la fable du " Souffle du Monde ", mais la matière textuelle a été inventée avec les élèves pour donner lieu à une création commune : " Parole la ter Naz léo "

Comment décrieriez-vous l'accueil fait à la Cie des Champs ?
Le temps de rencontre avec les artistes s'étant articulé autour de la réalisation scénique, il s'est déroulé dans le meilleur des contextes. Grâce au partage des temps de travail et à la représentation finale, les spectateurs ont pu découvrir la profondeur de la démarche de ces artistes Réunionnais.

Quelle suite pensez-vous donner à cette rencontre ?
Certains d'entre eux vont participer au projet du " Souffle du Monde " en France et au Québec en 2006.


Toujours sur le principe de la réciprocité ?
Oui. Le projet prend là un nouveau "Souffle", par un principe de co-réalisation entre 5 équipes artistiques: La Compagnie des Champs (France), Les Tréteaux du Niger (Niger) ; La Compagnie du Cochon Souriant (Québec), La Compagnie Sexto Sol (Mexique) et une équipe de comédiens et danseurs de l'Île de la Réunion. Le re-travail du Souffle du Monde a déjà fait l'objet de séances de travail en octobre dernier au Québec avec Martine Fordin et plusieurs comédiens du Cochon Souriant et de la compagnie mexicaine SextoSol.

Que pouvez-vous nous dire du contenu de ce spectacle en cours d'élaboration ?
Dans le Souffle du Monde, les familles de personnages sont universelles.
Elles parlent des échanges sud-nord. Avec ses apparitions aux croisées de chemins, ce spectacle lève avec humour quelques questionnements sur la place de l'homme dans son environnement.

Quel soutien financier avec vous pour développer ces échanges internationaux ?
Nous fonctionnons pour l'heure sur de l'auto-financement. Le billet d'avion s'est payé en jouant mon spectacle " Giono " pour partie au chapeau. Pour l'instant nous n'avons que peu de moyens humains et financiers, tous les soutiens pour mener à son terme cette aventure sont bienvenus.

Quelle est la prochaine étape de travail ?
Les Pilotobés / FITI (Festival International de Théâtre Itinérant) réunissent en mars 2005 plusieurs équipes artistiques membres du CITI, parmi lesquelles le Cochon SouRiant, les Baladins du Miroir, la compagnie Pile ou Versa. Ce sera de toute évidence une formidable étape de travail.

 

 

Récits de voyage
Niamey,18 Novembre 2002

12h30 : Choc thermique, bouffée d'air chaud à l'étouffée. Délégation à l'officielle ! Ouf c'est pour accueillir David Douillet en tenue touristique ! ouf ouf ouf ! C'est le bruit de nos souffles à chaque enjambées. Pas de Photos, no Clichés, papiers, sourires, fouille sans fouille par de gigantesques douanières aux chaussettes de laine. Elles doivent suer sous leurs
chaussettes longues. Elles transpirent comme transpire sous le soleil tout le Niger. Elles transpirent comme transpire sous le joug du commerce mal mondialisé le continent tout entier. L'Afrique transpire, mais ses douanières ont le sourire. Et ces douanières ont le sourire comme le continent tout entier. Chapeau bas et respect. Et c'est de ce respect là que s'est bâtit un échange artistique entre deux compagnies itinérantes La Compagnie des Champs
(Auvergne) et les Tréteaux du Niger (Afrique sub-sahélienne).
C'est avec ce respect-là et en autonomie en dehors de tout soutien institutionnel que s'est sont déroulées trois semaines d'échange théâtral à l'ombre d'un manguier en brousse dans le petit village de Youri dans la région de Niamey.

Youri est peuplé de Peuls sédentarisés qui se sont décidés à parler le zarma (à prononcer germa), mais la présence nomade est partout, et il est difficile pour un artiste du Théâtre Voyageur (comme nous aimons à nous définir à la Cie des Champs) de ne pas trop béatement s'enthousiasmer. D'autant que l'enjeu de la rencontre est d'une part autour de l'écriture du
Souffle du Monde un spectacle qui se joue sur les chemins. Un spectacle nomade en quelque sorte où des jeunes en formation agricole s'indignent et se révoltent contre les injustices entre les pays du Nord et ceux du Sud, injustices que nous devons au libéralisme sauvage, et tout particulièrement aux souillures qu'il inflige dans tout les domaines du "Vivant". Ce manque de respect à la terre comment allait-il s'exprimer à travers des voix du continent africain. Une terre qui est sans doute la première concernée. Durant une long temps nous avons improvisé sur ce thème avec de formidables comédiens. Avec le Tréteaux du Niger, j'ai en quelque sorte revisité la dramaturgie de la pièce en regardant le Nord depuis le Sud.
Nous avons travaillé sur une quantité d'autres textes de toutes époque et de toutes origines. Puis à partir de familles de personnages, nous avons entamé un travail d'écriture au plateau, leurs humanités, leurs préjugés, leurs mécaniques burlesques. Et tout cela sous un manguier, sans budget, rien qu'à la force de la compréhension mutuelle, comme quoi une autre action
culturelle et possible.
En fin de cession nous avons présenté notre travail au Centre Culturel Franco Nigérien de Niamey, et ce grâce à la bienveillance de son directeur, Laurent je te salut et le professionnalisme de son régisseur, Bizo je te salue. Notre plus grande satisfaction fut de constater que notre travail reçut un accueil retentissant de la population de la rue qui accourut à nos premières farceries. À ce moment sans doute j'eu l'impression d'être un peu moins " anasara ". (homme blanc)


Pierre Fernandès

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